Articles

Jabs : Lieux où j'ai dormi

Un jour, j’ai dormi dans une chambre d’hôtel luxueuse. Les coussins étaient si doux et confortables, qu’ils me chatouillaient le visage, mais les draps étaient vraiment inconfortables. Contrairement au coussin ils me griffaient la peau, à la rendre rouge et enflammée. C’était comme si un hérisson s’était perdu dans mes draps et cherchait une sortie. Ces piqûres me torturaient jusqu'à m’empêcher de dormir. J’ai dormi dans la chambre de mon frère, avec les lampadaires de la rue qui se reflétaient sur mon visage. Les phares des voitures recréaient le jour dans cette chambre, et la porte sans serrure ne cessait de grincer, me saoulait à mourir. Le chien ne cessait d’aboyer, à la recherche de ses petits et de nourriture, éveillait les gens de la rue et les poussait a utiliser leurs carabines chargées à plein. Et voila que les aboiements s’arrêtent, mais il y a toujours la présence d’un bruit inconnu et dérangeant. Maintenant je m’efforce de dormir et j’y arrive comme une personne ...

Suzy : tu

Ton sourire te rend beau, te fais aimer la vie, montre ta liberté. Tes yeux, très brillants, qui sont illuminés par les rayons du soleil, disent « je t’aime ». Tes mots, très doux, montrent que tu es magnifique. Tu sens que tout est joli, tu te dis à toi-même que tu voudrais faire en sorte que tous les gens aiment la vie. Sur la mer, tu sens la solitude, tu regardes tout au fond, tu dis que tu voudrais aller voir ce qu’il y a derrière. Tu t’allonges sur le sable, tu te souviens des beaux jours avec ta belle amie, tu pries pour que vous restiez ensemble. Tu sens la chaleur, tu bois du jus de fraises, tu dis que c’est très bon. Le vent est frais, tu es content d’être tout seul sans le bruit des villes, sans personne qui te dérange. Tu commence à chanter ta chanson préférée, tu es à l’aise. Tu regardes les pigeons, tu entends leur roucoulement que tu aimes bien. Suzy

Sinisceucle : tu

Tu arrives, tu trouves la porte ouverte, tu essaies de rentrer sans faire de bruit, tu entres, tu refermes la porte, tu regardes à gauche, à droite : il n’y a personne. Tu commences à t’inquiéter, tu soulèves ta tête, tu vois l’infini. Tu regardes en bas, tu vois le sol et la souffrance. Tu t’approches de l’escalier, tu le montes pas à pas. Ton arrivée se fait sentir, mais c’est impossible de l’exprimer. Enfin tu t’approches de la porte de la chambre. Une fois la porte ouverte, tu es près d’une personne dont tu soulages les chagrins par ta présence. Tu es inquiète ; tu as l’impression de faire peur aux meubles de la chambre. Des larmes affleurent dans tes yeux, tu respires de plus en plus en fort, tu t’immobilises… Il fait jour. Les petits rayons lumineux entrent par le rideau, illuminent ton visage, puis tombent sur les yeux d’une personne très proche de toi et l’empêchent de dormir. Maintenant c’est le pire : il est l’heure, le reveil sonne, tu fais semblant de ne pas entendre. Mais ...

Alamata Fiv : tu

Tu es assise sur le tabouret de la cuisine. Tu trembles, tu as froid. Tes yeux sont fixés sur le feu de la cheminée. Tu te lèves, tu te diriges vers la cheminée et tu poses tes mains au-dessus du feu. Tu as froid toujours. Tes mains frémissent du vent qui passe à travers les trous de la porte. Tu as le vertige. Tes yeux tournent et ta tête aussi. Les poils de tes mains deviennent de couleur bleue, ton corps se transforme en une rivière de feuilles mortes. Tu te lèves et tu cours dans la cuisine qui te semble un tombeau, tu ouvres l’armoire et tu prends un médicament. La pastille ne passe pas dans ton œsophage pendant quelques minutes, tu te sens étranglée et les mots se nouent dans ta gorge. Au bout de quelques minutes, tu allumes la télé, tu regardes les infos : le bombardement de la grande ville te fais peur. Tes poumons s’étranglent, tu ne peux plus respirer, tu as besoin d’un grand repos pour monter dans le paradis des sentiments. Tu poses ta tête sur le coussin, tu t’allonges sur ...

Mc lili : tu

Tu es là, assise sur ta chaise roulante. Tes mains tremblent comme deux feuilles mortes en automne. Tu regardes le monde autour de toi, mais tu ne vois que l’obscurité qui t’entoure, la froideur des nuits sombres qui ont enlevé la joie qu’on trouvait chez toi, et effacé le sourire qu’on avait l’habitude de voir sur tes lèvres. Maintenant, te voilà seule, en train de te demander pourquoi ils t’ont abandonnée malgré toute la tendresse et tout l’amour que tu leur avais offert. Tu as appris maintenant qu’ici personne ne mérite la moindre petite attention. Tu rêves du jour où tu trouveras la clé cachée, où une nouvelle route apparaîtra, une nouvelle vie, un monde dans lequel tu vivras en paix, où le soleil ne cesse de briller, et où toi seule règneras et deviendras la reine de ce royaume immense. À chaque battement de ton cœur, tu te dis : « voilà une seconde de ma vie qui est déjà passée ».Tu es toujours désespérée, et tu attends toujours avec impatience le jour où tu vas nous quitter. Les...

Medmori Hebad : tu

Tu es dans ta chambre, assis à table, tu scrutes la rue au loin à travers la fenêtre. Vacarme. Soleil. Rien ne te dérange. Tes yeux d’un bleu ciel, continuent à scruter la rue sans que tu fermes tes paupières. Tu attends depuis plusieurs heures, quelque chose d’inconnu pour te réveiller. Tu es confuse. Perdue. Seule. Solitude. Tristesse. Tu sens un vent frais te caresser le visage. Tu écoutes le chant de l’oiseau jaune des voisins. Tu es dans la cuisine. Tu prépares à manger.Tu coupes les légumes. Tu te blesses la main. Du sang coule partout dans la cuisine, le sang est aussi rouge que les tomates. Tu sens un mal terrible au bout de ton doigt. Tu cognes ta tête contre un placard. Tu as le vertige, la tête qui tourne, tu vacilles, tu as des maux au ventre. Tu tombes par terre. Engourdie, mains lourdes, pieds légers, tu t’écroules comme un château de carte. Medmori Hebad

Remnaf Zemaf : un lieu où j'ai dormi

C’était à Saïda, une ville du sud du Liban, mon pays, en plein été sur le bord de la mer. Vous diriez que c’est de la pure veine, et bien oui, surtout en pleine guerre, avec des moustiques qui larguent des bombes sur les têtes des habitants, et des canots qui te lancent des obus dans la figure. Le son des bombardements tout proches, qui sifflotent diablement, à faire hérisser les poils, puis un simple dégringolemment d’immeubles, fussent-ils petits ou grands, même immenses, ça n’a pas d’importance pour l’ennemi… Enfermé avec mes cousins dans un petit appartement, tous les cinq nous nous étions enfuis de nos maisons, à Nabatieh, laissant nos parents derrière nous… Je me rappelle bien que j’ai dormi près de la fenêtre ; c’est depuis ce jour-là que je le fais, jusqu’à aujourd’hui, à côté de ce radiateur blanc, tout sale, sous ce ventilateur qui ne se trouvait que pour nous taquiner : l’électricité coupée, et la température dans les 39 degrés Celsius, on en puait, tout notre corps transpir...